Enfant TDAH : le regard d’Hélène Lasserre Bovard

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Et si derrière l’agitation se cachait surtout une autre façon de percevoir le monde ?

Hélène Lasserre Bovard, médecin pédopsychiatre en Suisse, nous livre un regard sensible et éclairant sur l’enfant TDAH, appelé THADA en Suisse.

Ce que vous allez découvrir dans cet article

✦ Tous les enfants remuants ne présentent pas forcément un TADA.
✦ Le besoin de mouvement est fondamental chez l’enfant.
✦ Derrière l’agitation, il peut aussi y avoir une vraie richesse créative.
✦ Le manque de filtre attentionnel n’est pas de la mauvaise volonté.
✦ Des consignes simples, positives et données une à une.
✦ Valoriser les réussites et partager des moments de qualité.
✦ L’accompagnement ne se résume pas forcément à la médication.

Sommaire

Après cette interview avec Hélène Lasserre Bovard, médecin pédopsychiatre, une idée ressort avec force : derrière les comportements qui peuvent parfois dérouter les adultes, il y a avant tout un enfant qui essaie de trouver sa place.

Des enfants souvent repris, rappelés à l’ordre, parfois stigmatisés, alors même que les parents sont pleins de bonne volonté. À force, certains peuvent finir par avoir le sentiment de ne jamais faire suffisamment bien.

Pour Hélène, accompagner ces enfants, c’est aussi leur permettre de retrouver confiance en eux. Et son plus grand bonheur, c’est de voir parents et enfants repartir avec le sourire.

Un enfant qui bouge beaucoup n’est pas forcément un enfant TDAH

Face à un enfant très remuant ou facilement distrait, la question du TDAH peut rapidement se poser. Pourtant, rappelle Hélène, tous les enfants très actifs ne présentent pas forcément un trouble.

Les enfants ont naturellement besoin de courir, de jouer et de se dépenser. Or leur quotidien ne leur en laisse pas toujours suffisamment l’occasion : vie en appartement, contraintes scolaires, moins de temps passé dehors, écrans très présents…

Avant de chercher uniquement à faire disparaître l’agitation, il peut donc être utile de se demander :

Cet enfant a-t-il suffisamment d’occasions de bouger et de se défouler ?

Et si c'était aussi une richesse ?

Le regard d’Hélène sur le TDAH ne s’arrête pas aux difficultés. Elle décrit aussi des enfants particulièrement créatifs, avec une imagination débordante.

Son exemple est aussi simple que parlant : là où nous voyons des petits pois dans une assiette, certains enfants peuvent déjà y voir… des boules de flipper.

L’assiette devient un jeu, l’attention part ailleurs et l’adulte peut avoir l’impression que l’enfant provoque ou refuse d’écouter.

Mais cette imagination, même lorsqu’elle complique certaines situations du quotidien, fait aussi partie de sa richesse.

Comprendre l’enfant, c’est donc apprendre à voir ses difficultés sans oublier tout ce qui fait sa singularité.

« Tu ne m’écoutes pas ! » : quand le cerveau ne filtre pas suffisamment

Autre image particulièrement éclairante : celle du filtre.
Lorsque nous marchons dans la rue, notre cerveau reçoit quantité de bruits, de mouvements et de conversations. Pourtant, il parvient généralement à en laisser une grande partie à l’arrière-plan.

Chez certains enfants TDAH, ce tri est beaucoup plus difficile. Tandis que sa maman lui parle, l’enfant peut entendre avec la même intensité la conversation d’une autre personne quelques mètres plus loin, remarquer un mouvement ou être attiré par un bruit.

Il peut alors sembler inattentif, non pas parce qu’il ne veut pas écouter, mais parce que son cerveau peine à donner la priorité à une information plutôt qu’à une autre.

Comprendre cette différence permet déjà de regarder autrement certains comportements que l’on pourrait, à tort, interpréter comme de la provocation ou de la mauvaise volonté.

Une consigne à la fois

Cette difficulté à hiérarchiser les informations se retrouve aussi dans le quotidien. Dire : « Habille-toi, prépare ton cartable, prends ton petit-déjeuner et brosse-toi les dents » nous paraît parfaitement logique.

Pour un enfant TDAH, ces quatre informations peuvent cependant arriver presque au même niveau. Il pourra prendre son cartable avant de s’habiller, commencer autre chose en chemin et finir par perdre complètement le fil.

Le conseil d’Hélène est donc très concret : donner les consignes dans un endroit calme et autant que possible, une par une.

Une première tâche, puis la suivante, cela permet à l’enfant de savoir précisément ce que l’on attend de lui et évite également le découragement qui peut apparaître lorsqu’il a le sentiment qu’il n’arrivera de toute façon jamais à tout faire correctement.

Dire ce qu’il doit faire, plutôt que ce qu’il ne doit pas faire

Autre petite modification qui peut changer beaucoup de choses : formuler les demandes de manière positive et concrète« Arrête de bouger ! » explique ce que l’enfant ne doit plus faire mais pas nécessairement ce qu’on attend de lui à la place.

Une consigne telle que : « Assieds-toi sur ta chaise » lui donne au contraire une action claire à réaliser. Moins d’informations à interpréter, moins d’ambiguïté et davantage de chances que la consigne soit comprise.

Valoriser aussi les moments où tout va bien

Les enfants très agités peuvent recevoir énormément d’attention lorsqu’ils bougent, interrompent ou ne suivent pas une consigne.

Mais lorsqu’ils jouent tranquillement ou font exactement ce qu’on attend d’eux, les adultes peuvent naturellement relâcher leur attention.

Hélène invite les parents à être vigilants à ce mécanisme : si l’enfant obtient surtout de l’attention lorsqu’il s’agite, il peut chercher à retrouver cette attention en recommençant.

D’où l’importance de remarquer également ce qui va bien. Un effort, une petite réussite, une consigne suivie, quelques minutes passées calmement sont autant d’occasions de lui montrer que ces comportements sont vus eux aussi.

Des points pour partager des moments de qualité

Pour renforcer cette dynamique positive, Hélène propose notamment un système de petits points associés aux réussites de l’enfant. Une fois un certain nombre de points obtenus, une récompense est prévue.

Plutôt qu’un jouet ou une récompense matérielle, Hélène encourage vivement à privilégier un moment de qualité partagé avec son parent. Choisir un jeu ensemble, cuisiner, partir en promenade, décider d’une activité ou simplement profiter d’un temps privilégié à deux.

Dans un quotidien parfois rythmé par les consignes, les rappels et les tensions, ces moments de véritable disponibilité peuvent être rares, aussi bien pour l’enfant que pour son parent. C’est précisément ce qui les rend si précieux.

La récompense devient alors bien plus qu’un système de points : elle valorise les efforts de l’enfant tout en créant une occasion de se retrouver, de partager du plaisir et de renforcer le lien familial.

Et la médication ?

C’est évidemment une question importante pour de nombreuses familles.

Pour Hélène, la médication n’est pas nécessairement la première réponse.

Dans sa pratique, elle rapporte également que certains enfants traités lui parlent d’un apaisement, mais parfois aussi du sentiment d’avoir moins d’idées ou d’imagination.

Chaque situation reste bien sûr individuelle et doit être discutée avec les professionnels qui accompagnent l’enfant. Mais ce témoignage rappelle une chose essentielle : le ressenti de l’enfant doit lui aussi être entendu.

L’objectif ne peut pas être uniquement d’obtenir un enfant plus calme. Il s’agit de rechercher ce qui lui permet de mieux vivre son quotidien, de progresser et de préserver ce qui fait sa personnalité.

Aider toute la famille à avancer ensemble

Poser suffisamment tôt un diagnostic permet aussi de mettre des mots sur ce que vit l’enfant et de donner des outils aux parents.

Parce qu’à force de s’entendre dire qu’il ne fait jamais comme il faudrait, un enfant peut progressivement perdre confiance en lui.

À l’inverse, lorsqu’il comprend mieux son fonctionnement, qu’on adapte certaines attentes, qu’on lui permet de réussir et que ses efforts sont reconnus, une autre dynamique peut s’installer.

Des parents qui retrouvent des repères et le sentiment de pouvoir agir. Un enfant qui réussit davantage ce qu’on lui demande et reprend confiance en lui.

C’est finalement cette vision que porte Hélène Lasserre-Bovard : aider l’enfant et sa famille à grandir et à avancer ensemble, sans jamais réduire l’enfant à ses difficultés.

Le conseil lecture d’Hélène

Livre Du calme ! Comprendre et gérer l’enfant hyperactif de Théo Compernolle et Théo Doreleijers, présenté en image 3D sur une table.

Du calme ! Comprendre et gérer l’enfant hyperactif – Théo Compernolle et Théo Doreleijers

Un guide pratique pour mieux comprendre l’hyperactivité et accompagner son enfant avec davantage de sérénité. Hélène le recommande pour la richesse de ses astuces et de ses conseils directement utiles au quotidien.

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